Octobre 2007

Vertu du théâtre forum

Le jeudi 4 octobre nous intervenions dans une journée à destination d'éducateurs organisée par la DRPJJ de l'Oise. Nous proposions à notre public de travailler à partir d'une scène de Un couteau court : Un élève entre en classe portant un keffieh non seulement autour du cou, mais masquant la bouche. Le professeur lui demande d'ôter cette écharpe, il refuse, le ton monte etc. Plusieurs spectateurs interviennent, il devient évident que l'élève doit avoir une raison particulière de ne pas vouloir enlever ce keffieh, mais personne ne lui pose cette question. Nous tournons autour, nous en parlons mais personne ne décide de poser la question en jeu. Comme si nos spectateurs pressentaient qu'il y a là un « point chaud », un couvercle à ne pas soulever, le risque étant de libérer quelque démon que nous aurions ensuite du mal à juguler. Le meneur de jeu reprend la parole, interroge les spectateurs à ce sujet. L'un d'eux répond :

« J'ai jugé que je pouvais exiger des élèves qu'ils ôtent leur blouson en entrant en classe, mais j'ai senti, dans le regard de Kernel (le personnage qui porte le keffieh) une supplication muette. C'est pourquoi j'ai préféré remettre cette question à plus tard, à un moment où il ne serait pas devant l'ensemble de la classe. Il m'a semblé important de respecter ce que je percevais dans ce regard.

Il s'agissait d'un échange de regards, d'une supplication muette : pas de parole, pas de discours. Un acteur joue l'état émotionnel de son personnage, un spectateur est suffisamment en éveil pour percevoir ce qui se joue - dans tous les sens du terme.

Le théâtre forum n'est pas un exercice de rhétorique ou d'argumentation, mais offre au public une expérience sensible.